sandrine57

Lectrice compulsive d'une quarantaine d'années, mère au foyer.

Dans le silence du vent
8,40
1 août 2020

Dans sa réserve indienne du Dakota du Nord, Joe est un adolescent comme les autres. Toujours entouré de ses trois meilleurs amis, il n'aime rien tant que de parcourir les entiers à vélo, traîner à la station-service pour admirer les formes généreuses de sa tante Sonja, pêcher à la ligne ou boire de la bière en cachette. Pourtant, l'été de ses treize ans, sa belle insouciance heurte de plein fouet la triste réalité de sa condition d'amérindien. Sa mère se fait brutalement violer par un blanc et ne doit la vie sauve qu'à sa présence d'esprit et un petit coup de pouce du destin. Cette femme active, avocate au Bureau des Affaires indiennes, mère épanouie et généreuse, n'est plus que l'ombre d'elle-même. Pour Joe, la vie change du tout au tout, l'ambiance à la maison se fait pesante et même son père, l'inébranlable juge Coutts, est désemparé. Sa mère refusant de parler du viol, la police est impuissante et Joe décide de mener sa propre enquête.

Louise Erdrich ne compte plus les best-sellers dans son œuvre dédiée à la cause de son peuple. Dans ce beau roman d'apprentissage, elle évoque les injustices dont sont toujours victimes les amérindiens. La loi est la même pour tous aux Etats-Unis mais les réserves disposent de leurs propres polices et tribunaux. Si ce système fonctionne plutôt bien quand il s'agit d'arrêter, d'inculper ou de juger un indien, les choses se corsent lorsqu'une affaire implique un blanc et se compliquent encore si le crime a eu lieu en dehors du territoire de la réserve. Confronté à une injustice flagrante, Joe s'interroge sur les relations entre son peuple et les blancs, sur la Justice, l'impunité des blancs et la possibilité de faire justice lui-même.
Cri de colère et d'impuissance d'un adolescent et de tout un peuple, Dans le silence du vent est aussi le roman de l'enfance, de l'amitié, du passage difficile à l'âge adulte. Un roman poétique, imprégné de vieilles légendes indiennes, illuminé par un Joe déterminé, épris de justice, fier de ses racines et toute une cohorte de personnages drôles, émouvants, attachants. Un gros coup de cœur.

Easy Corée
15,00
1 août 2020

En 139 pages et 6 thématiques, Luna Kyung a pour mission de ma réconcilier avec la cuisine coréenne dont mes papilles offensées gardent un souvenir cuisant. Quand on sait que les coréens ne conçoivent pas un repas sans l'accompagner de kimchi, on se doute bien que le piment va être le roi des assiettes.
Décrite comme saine, diététique et particulièrement goûteuse, la gastronomie du Pays du matin calme a été pour moi un cauchemar...J'ai passé quinze jours entre Séoul et Busan à fuir le rouge, synonyme de piment, sans même pouvoir me réfugier dans un fast food puisque les grandes enseignes se sont adaptées aux goûts des locaux et n'omettent jamais la dose de piment dans la sauce des burgers ou la panure du poulet. Bref, la Corée est un pays magnifique mais il ne faut pas être une petite nature pour en apprécier la cuisine.
Heureusement, quand on cuisine soi-même, on peut doser les épices (voire les omettre). Grâce à Easy Corée, j'ai pu découvrir le bœuf bulgogi, le steak tartare ou le bibimbap et les savourer sans m'anesthésier toute la cavité buccale. Un vrai régal et ce n'est pas fini...D'autres plats me font de l'oeil même si je compte continuer à bouder le kimchi, qu'il soit au chou, au concombre ou au radis.
Un beau livre de cuisine aux recettes faciles à réaliser pour se familiariser avec la gastronomie coréenne.

Les Rougon-Macquart, La faute de l'abbé Mouret
26 juillet 2020

Tout juste sorti du séminaire, l'abbé Serge Mouret s'installe aux Artaud, un petit village, non loin de Plassans. Epanoui dans cette cure qu'il a choisie malgré son isolement et sa pauvreté, l'homme de Dieu vit en compagnie de sa sévère servante, la Teuse et de sa sœur Désirée, une simple d'esprit toute occupée à sa basse-cour. Pourtant, cette existence, entièrement dédiée à la prière et au culte de la Vierge, est quelque peu perturbée par ses ouailles, des villageois sans éducation, guidés par leurs seuls instincts. Les filles sont peu farouches et s'offrent sans compter aux solides gaillards qui ne demandent que ça. Même les bêtes de Désirée semblent forniquer à tout va et, cerné de toutes parts par le vice et la tentation, l'abbé Mouret tombe malade à force de lutter. Son oncle, le docteur Pascal, décide de le confier quelques temps à la jeune Albine, élevée par son oncle, un athée philosophe et décrite par les villageois comme une sauvageonne. Tous deux vivent au Paradou, un château en ruines et un luxuriant jardin, domaine entouré de légendes. Convalescent et amnésique, le prêtre se remet lentement, entouré des soins constants de la trop belle adolescente. Le Paradou est un vaste jardin qu'ils explorent en toute innocence, seuls au monde, bienheureux et amoureux au point de commettre le péché de chair. Serge et Albine vivent un rêve éveillé jusqu'au jour où le frère Archangias les débusque. Immédiatement, l'abbé retrouve la mémoire, retourne aux Artaud et tente de faire pénitence pour laver son péché tandis qu'au Paradou Albine attend son retour.

Quel soulagement de tourner la dernière page de ce roman interminable ! Zola a ici trempé sa plume dans la caricature, la niaiserie et le guide des plantes en dix volumes. Les ficelles sont grosses dès le départ opposant un ascète fou de Marie à un village de consanguins qui copulent derrière chaque caillou de la garrigue. Le pauvre prêtre en attrape une fièvre de cheval et se réveille au jardin d'Eden. Là, Zola décrit chaque brin d'herbe, énumère chaque fruit, chaque fleur de cette luxuriante végétation, de façon à la fois répétitive et rébarbative. Et puisqu'Eden il y a, péché il y aura. Oui mais quand ? Quand donc ce grand dadais (qui au passage affiche vingt-six printemps alors qu'elle n'en a que seize) et cette enfant sauvage vont-ils passer à l'acte ? Le suspens n'en finit pas, entre les ''je t'aime Serge, je t'aime Albine'', les ''tu es beau, tu es belle'' murmurés dans tous les recoins du jardin. On atteint des sommets niaiseries amoureuses des plus affligeantes. Bref, ces deux innocents finissent par découvrir le sexe pour leur plus grand malheur...Serge retrouve la mémoire, la foi, sa vierge, sa cure et ses paroissiens tandis qu'Albine se meurt d'amour.
On sent bien la critique de l’église catholique qui oblige ses serviteurs à une vie d'abstinence si peu naturelle; Mouret en vient à se flageller pour combattre la tentation, pendant que l'odieux frère Archangias cache la sienne sous une haine exacerbée des femmes. Mais le procédé manque de finesse et la métaphore du Paradis est filé durant des pages et des pages jusqu'à saturation. On en ressort écœurée de toutes ses plantes en pâmoison, avec une envie de routes bétonnées, goudronnées, asphaltées.
Bref, cette lecture fut un chemin de croix.

L île au secret
21,00
20 juillet 2020

Islande, 1987. Alors qu'elle pensait passer un week-end en amoureux avec son nouveau petit ami, une jeune fille est sauvagement assassinée dans le chalet familial. L'inspecteur de police chargé de l'enquête, ambitieux et pressé, arrête le père qui se dit innocent.
Dix ans plus tard, en 1997, quatre amis qui se sont perdus de vue, entreprennent un week-end de retrouvailles sur l'île d'Ellidaey, un îlot rocheux, isolé et inhabité. La fête tourne au drame lorsqu'au matin, après une soirée bien arrosée, une jeune fille gît au pied d'une falaise. Dépêchée sur les lieux, Hulda Hermannsdottir hésite à conclure à un accident. Et lorsqu'elle découvre que les quatre jeunes gens étaient liés à la victime de 1987, le doute n'est plus permis, il y a bien eu meurtre. L'inspectrice n'a plus alors qu'une idée en tête : creuser dans le passé pour expliquer le crime du présent.

Deuxième tome des enquêtes de la dame de Reykjavik où l'on retrouve l'attachante Hulda quinze ans avant le premier tome. Et là n'est pas la seule étrangeté chronologique de Ragnar Jonasson qui aime beaucoup jouer avec le temps. Il nous promène donc à différentes époques, en mêlant deux enquêtes, et à différentes périodes de la vie de son héroïne. Le procédé est déstabilisant au début, puis on s'y fait, on s'installe dans ce va-et-vient entre passé et présent et surtout on prend plaisir à découvrir plusieurs facettes de la vie d'Hulda. Ainsi, on la voit partir pour les États-Unis sur les traces de son géniteur américain, juste après la mort de sa mère. On la retrouve, plus que jamais accrochée à son travail, après avoir perdu sa fille et son mari et, bien sûr, en proie aux brimades à peine déguisées de ses collègues masculins. Flic obstinée, femme solitaire et éprouvée par la vie, Hulda est un personnage brillamment trouvé. On sent que l'auteur a mis de l'amour et de l'humanité pour construire une héroïne originale, une femme blessée mais qui tient debout malgré l'adversité. Elle en occulterait presque le côté enquête qui est pourtant excellent lui aussi.
Hulda, du suspense, de nombreuses fausses pistes, une atmosphère étouffante et les descriptions époustouflantes de la nature islandaise... Tous les ingrédients sont réunis pour un polar dépaysant qui tient toutes les promesses du premier tome. Vivement la suite ! (ou le préquel plutôt...)

Les inconsolés / roman
19 juillet 2020

Pour Lise et Louis, c'est une évidence dès leur première rencontre, la certitude qu'ils vont s'aimer follement, passionnément. Mais la fille d'un émigré vietnamien et d'une orpheline normande peut-elle rêver d'un avenir avec un fils de bonne famille issu de la haute bourgeoisie ? Lise n'a rien, il a tout. Louis affronte la vie en conquérant, elle est timide, peu sûre d'elle. Et pourtant, ces deux-là feront fi des obstacles pour s'aimer, se déchirer, se séparer, se retrouver, se faire du bien, se faire du mal.

Conte moderne, suspens psychologique, romance sentimentale, dissection d'une passion, "Les inconsolés" sont tout cela à la fois mais ne s'arrêtent pas là. Au-delà de l'histoire d'un amour destructeur entre deux personnages que tout oppose, Minh Tran Huy s'applique à raconter tout ce qui fait obstacle à l'harmonie du couple; toutes les choses que l'on trimbale depuis la petite enfance, ce vécu qui nous a construit et qui ne cesse de nous hanter.
Lise et ses deux cultures, et sa mère mal aimante, et son père silencieux croit désespérément aux contes de fée où la princesse est délivrée d'un mauvais sort par un beau prince charmant. Alors quand elle le rencontre, elle se donne corps et âme à ce grand bourgeois qui a tous les codes, toutes les entrées, tous les réseaux. Mais elle se sent comme une intruse à ses côtés. Passés les premiers moments de la passion, Louis ne va-t-il pas se rendre compte qu'elle n'est qu'une pauvre fille, laide et gauche, qui ne mérite pas son amour ? Pourtant Louis l'aime et l'admire, même s'il s'enferme parfois dans son rôle d'homme orgueilleux, avare de déclarations sentimentales.
A force de non-dits, de malentendus, d'incompréhension mutuelle, Louis et Lise vont se déchirer et s'éloigner mais on n'oublie jamais un premier amour...
Porté par la magnifique écriture de Minh Tran Huy, "Les inconsolés" est un roman à deux voix, celle de Lise et celle de ''L'autre'' qui raconte la passion, de ses débuts enchanteurs jusqu'au drame final, car, c'est bien connu, les histoires d'amour finissent mal, en général...