L'Autre Monde L.

15,50
par (Libraire)
26 mai 2016

Nage droit devant toi !

Lou a quinze ans, nage depuis toujours et n'envisage pas le futur autrement que dans une piscine. Seulement, le jour de la compétition la plus importante de sa vie, c'est la douche froide, elle rate la course. Tandis que sa meilleure amie, Hannah, gagne son ticket d'entrée pour une académie de natation, Lou voit l'avenir qu'elle s'était écrit s'effacer pour laisser place à une autre histoire dans laquelle elle doit se faire de nouveaux amis et se trouver de nouveaux hobbies... pas si facile. Un soir, alors qu'elle se laisse aller à rêver à ses vieilles ambitions dans un bassin chloré, trois garçons l'abordent avec une requête des plus étranges : qu'elle les entraîne pour participer à une célèbre émission de télé-réalité dans une discipline inédite inventée par eux-mêmes !
Moi et les aquaboys, c'est l'odeur du chlore qui pique les narines, le bruit des bonnets de bains qui claquent, le carrelage froid sous les pieds nus. Mais c'est aussi l'humour anglais dans toute sa splendeur, c'est le plaisir de découvrir au détour d'une phrase des références pop culture qui vont de Doctor Who à Harry Potter, et de rencontrer des personnages au flegme inaliénable, malgré les situations impossibles dans lesquelles Nat Luurstema semble s'amuser à les mettre.
Lou, c'est cette fille qui ne paye pas de mine, qui est quasiment invisible, ou du moins qui se sent comme telle, et qui pourtant finit par se faire respecter par trois grands dadais, qui, sous leurs airs de playboys, ne sont pas moins maladroits qu'elle. Elle est l'outsider, celle qui sort des sentiers battus, l'anti-héroïne qui montre à tout le monde, à commencer par elle-même, que le succès n'est pas forcément où on l'attend. C'est celle qui croyait avoir tout perdu, et qui se rend compte qu'elle a tout gagné, et surtout qu'il n'y a pas qu'une seule manière de vivre ses passions. Inspirant et amusant à la fois : la lecture idéale de cet été !

14,90
par (Libraire)
23 avril 2016

Le voyage dans la lune

Standish vit dans une nation autarcique, en guerre avec toutes les autres, et qui veut leur imposer sa suprématie. Cela ne vous rappelle rien ? Loin des univers dystopiques habituels, ce roman, et la couleur rouge omniprésente, rappellent étrangement la Guerre Froide et l'URSS. D'ailleurs, cette nation ne veut-elle pas prouver sa supériorité en effectuant le premier alunissage ? Dans tout ça, Standish ne va pas se contenter de survivre, il veut changer les choses, et la disparition de son meilleur ami, Hector, va le pousser à passer à l'action.
Standish fait figure de anti-héros à côté d'Hector, qui est décrit comme "beau, le dos droit, les cheveux blond foncé et les yeux verts". Il est aussi rebelle, et son insolence n'a d'égale que son intelligence. Mais c'est Standish, qui rêve de planètes imaginaires qu'il croit pouvoir atteindre avec un vaisseau en papier mâché, qui va tout changer. Standish loue souvent l'intelligence des autres face à sa propre inintelligence. Mais il n'est pas bête, on ne lui a juste jamais rien appris. Il comprend seul ce qui se passe à l'intérieur du palais où l'on cache la plus grosse supercherie de l'Histoire. Il comprend déjà quand Hector lui ment. Il comprend depuis le départ de ses parents.
C'est un roman sensible, qui fait réfléchir, et qui nous fait respirer au rythme de ses personnages, nous emmène dans un autre monde et nous fait "sentir" la vie. Ce n'est pas sans rappeler une citation de Ray Bradbury, expliquant ce qu'est un bon livre : "Pour moi, ça veut dire texture. Ce livre a des pores. Il a des traits. Vous pouvez le regarder au microscope. Sous le verre vous trouverez la vie en son infini foisonnement. Plus il y a de pores, plus il y a de détails directement empruntés à la vie par centimètre carré de papier, plus vous êtes dans la "littérature". C’est du moins ma définition. Donner des détails. Des détails pris sur le vif. Les bons écrivains touchent souvent la vie du doigt. Les médiocres ne font que l’effleurer. Les mauvais la violent et l’abandonnent aux mouches." Une Planète dans la tête a de la vie en lui.

roman

Le Livre de poche

7,40
par (Libraire)
23 avril 2016

Sois proche de tes amis, de tes ennemis plus proche encore

Antoine ne trouve de réel but à l'existence que le jour où il se prend de passion pour l'Irlande du Nord, et surtout pour celui qui sera son père spirituel et sa plus grande douleur, Tyrone Meehan. Il vit pour l'Irlande, se rattache à la cause de l'IRA, se fâche avec ses amis français, n'existe que pour ses séjours irlandais, et se sent porté par son amitié avec son traître, qui l'éduque à la vie comme un père le ferait avec son fils. Il devient Tony, français d'origine, irlandais d'adoption. Et ce n'en est que plus déchirant, quand on voit tout ce qui fait sa vie s'écrouler, parce que pour lui l'Irlande, c'est Tyron Meehan.
On a l'impression de savoir à quoi s'attendre, un titre sans équivoque, le fait que le "traître" soit désigné comme tel dès la première phrase du livre... on se forge une carapace et on essaie de ne pas trop l'apprécier. Mais voilà, le mal est bientôt fait, car il est charismatique. On ne peut s'empêcher de l'aimer, et on espère jusqu'au bout qu'il ne trahira pas. On en oublierait presque qu'il va trahir, qu'il trahit déjà. Et au milieu d'une phrase, asséné comme un coup de poignard dans le dos, le narrateur ne l'appelle plus par son nom, mais "mon traître". Mais ce n'est pas un simple traître, ce n'est pas le traître de l'Irlande, c'est le sien.
Et pourtant, quand Tyrone trahit, on ne peut s'empêcher d'avoir pitié de lui. On sent qu'il est vieux et fatigué, avec le recul, alors que le narrateur nous donne toujours l'impression d'un homme jeune et vigoureux, malgré son âge. Mais finalement, on sent bien que vingt-cinq ans plus tôt, il était déjà à bout de force. On aurait presque envie de ne pas lui en vouloir, surtout quand, pour protéger "son français" (et on sent ici l'exclusivité entre les deux personnages), il dit qu'il s'en fout. À travers ces mots, on ressent l'amour sincère qu'il a pour Antoine, et qu'il ne lui révélera jamais, pas même quand le luthier lui demande si leur amitié a jamais été sincère, et que Meehan lui dit qu'il n'a pas sa réponse, ce qui est peut-être la trahison ultime.

par (Libraire)
20 avril 2016

La morte amoureuse

Avec Les femmes du braconnier, on découvre une autre Sylvia Plath. On connaît Sylvia la dépressive, la créatrice, mais pas Sylvia l'épouse ou la mère. Claude Pujade-Renaud nous fait le portrait, à travers plusieurs voix, de cette femme plus vivace dans la mort que dans l'existence. Elle sait décrire les hauts et les bas avec justesse, comme quand, par le biais de la voix de la mère de Sylvia, elle se demande comment cette femme, qui se voyait vieille entourée de ses enfants, avait pu, quelques jours plus tard, décider de mettre fin à ses jours.
Mais il ne s'agit pas seulement de Sylvia Plath, car ce sont bien les femmes, et non la femme du braconnier, Ted Hughes, qui s'affrontent. Assia n'arrive que plus tard dans le texte. C'est le portrait en négatif de Sylvia. L'une est aussi brune et stérile que l'autre est rousse et nourricière. Quand Sylvia ne trouve de véritable félicité qu'en enfantant, Assia se fait avorter dès qu'elle sent s'éveiller en elle le moindre embryon. Mais toutes deux recèlent un charme animal, presque primaire, et quelques démons bien sûr.
Assia souffre de n'être qu'un ersatz de Sylvia : elle ne sera jamais aussi talentueuse, se retrouve mère de substitution de ses enfants, vit dans son ombre, dans son appartement, dort dans ses draps, et ne passe qu'après elle dans les bras de Ted, épicentre de ce trio. Ted, ce braconnier, aussi animal que chasseur, attiré comme effrayé par le "rayonnement mortel" de Sylvia. Écrivain régulier, qui ne connaît pas la page blanche que Sylvia redoute tant. Elle reconnaît en lui son âme soeur, sa raison de vivre, s'enferme dans son couple sans réaliser qu'elle construit sa propre prison. Mais Ted est comme une bête sauvage : il ne peut prospérer en captivité.
Claude Pujade-Renaud nous fait rencontrer des êtres fascinants de complexité. Elle plonge au coeur de l'oeuvre de Sylvia Plath sans lui ôter son mysticisme ni sa profondeur. Elle n'analyse pas ses personnages et nous laisse le soin de les comprendre - ou du mois d'essayer. On se laisse glisser dans ce roman comme on se laisse glisser dans la mélancolie.

par (Libraire)
20 avril 2016

La fureur de vivre

Ceci est la lettre d'un vivant à un mort, le récit de leur amitié, avec un troisième larron. Le narrateur n'est pas un personnage exigeant : il laisse entrer l'Estropié dans sa vie, sans poser de question, dit qu'il l'a accueilli "à bras ouverts", vit une relation indifférente avec une femme, et ne semble pas déçu de réaliser qu'il n'écrira jamais son grand oeuvre. Il laisse entrer le destinataire de la lettre de la même manière dans sa vie : le fruit du hasard qui l'a fait le croiser dans la rue. Mais cet ami désormais mort, Pedro, ce poète aussi maudit qu'on puisse l'être, est justement trop exigeant.
Il prend et prend encore, ne laisse jamais la parole aux autres. Son histoire ne laisse pas de place à celle de ses amis, son mal de vivre ne laisse de place à rien d'autre. Il prend ce que l'Estropié a de plus précieux et le donne à des femmes qui n'en n'ont rien à faire. Et surtout, il prend les textes des autres, récite les vers des autres poètes, qu'il s'approprie, comme il s'approprie le rôle du facteur ou du cireur de chaussures. Il accapare aussi dans la mort, obnubilant ceux qu'il a laissés sur terre, et auxquels il a laissé son souvenir.
Mais peu à peu, on se rend compte qu'il donne aussi à sa façon. Il donne le sourire à la vendeuse de cigarettes, il donne la consolation et redonne la voix à une celle qui vit son premier chagrin d'amour, il donne sa dernière larme à Madame Armand, il donne aux enfants des textes dont ils déclameront les fragments pour mieux détrousser les passants, et enfin, il donne ce qu'il n'avait jamais donné auparavant : des textes originaux, la Parabole du failli, à la dédicace aussi inachevée que son existence, dédiée à une femme, peut-être dédiée à la femme.
Le roman est empreint de lyrisme, de poésie. Il le serait même si l'on avait pas le plaisir de retrouver des extraits de poésie qui ponctuent agréablement le récit. Cette lettera amorosa amicale n'est pas le récit des reproches des vivants à un mort, quoiqu'ils lui en veuillent, mais bien un hommage à la vie, même dans ses excès, dans ses déceptions, ou dans ses malheurs.